Les différentes formes de savoirs et savoir-faire

Savoirs et savoir-faire

Il faut tout d’abord distinguer les deux éléments de savoirs que sont les savoir-faire et connaissances explicites des connaissances implicites ou tacites (suivant les auteurs) et de façon complémentaire, ceux de prudence.

Les savoir-faire explicites

Ce sont des savoirs qui sont particulièrement faciles à formaliser et à transmettre, car leurs caractéristiques sont liées aux domaines de l’information, du verbalisable et du quantifiable. « Elles sont d’ordre technique et peuvent être présentées de façon transparente dans des documents procéduriers comportant des tableaux ou des diagrammes, par exemple au moyen de systèmes informatiques, d’ouvrages et d’autres écrits, autant de communications qui ne requièrent pas forcément l’intervention humaine. » (Haynes & Ermine, 2010, p. 30)[1].

Les savoir-faire implicites / tacites

Un cumul d’expériences et de connaissances

Selon Haynes (2010, p. 31)[2] « Les connaissances tacites dépendent de la mémoire des usages antérieurs de ces connaissances et de leurs applications. Les connaissances tacites sont plus que la somme de leurs parties observables. Elles sont le résultat de l’interaction d’un nombre incalculable de dimensions et peuvent être définies et comprises comme une synthèse abstraite. Un professionnel prenant une décision appropriée dans un dossier complexe est un exemple d’application de connaissances tacites. ».

Heuristiques et savoirs experts

Elles font appel à des heuristiques de décisions et des informations expérientielles acquises tout au long de la carrière de la personne (voir figure). Ces savoirs sont appelés des savoirs experts dans le monde professionnel (Le Bellu, Lahlou, & Nosulenko, 2010)[3]. Cet ensemble de caractéristiques propres aux savoir-faire tacites est un vecteur de performances remarquable dans une situation de travail.

Un vecteur de performance au travail

Ils entraînent des gains de performances individuelles, de qualité et de vitesse d’exécution (respect des délais). Au sein des entreprises, ces savoirs sont souvent nommés comme étant des « tours de main » des « coups d’œil » issus d’une accumulation de situations de travail et de résolution de situations problématiques. Les solutions émanant de l’observation d’un pair ou d’une réflexion personnelle.

savoirs faire implicite
Formes et incidences des savoir-faire implicites sur la qualité du travail

Les savoir-faire de prudence

Les savoir-faire de prudence seraient : « un ensemble d’attitudes de comportements, de façon d’opérer qui vont dans le sens de la sécurité, qui concrétisent les demandes de la sécurité prescrite et qui complètent celle-ci ou la redoublent. » (Dejours & Cru, 1983, p. 239)[4].

Pour Conjard & Caser (2009)[5] : «  La transmission de ces savoirs se fait au travers d’un partage sur la situation à risque dans le collectif de travail. L’objet du transfert n’est pas un comportement reproductible, mais une façon d’appréhender la situation à risques. Leur diffusion est un enjeu pour le développement de la santé / sécurité en complément de l’approche “réglée”. »

Un atout essentiel du geste professionnel

Ces différents savoirs (explicite, implicite / tacite, de prudence) sont ainsi à intégrer dans la démarche de transfert. Les éléments implicites et tacites feront l’objet d’un traitement particulier du fait de l’impossibilité de formalisation.

Il est donc important de rendre la coopération du sachant et de l’apprenant dynamique. Dans une relation de faire-avec plutôt que dans une relation de transmission en faire-faire.

Des gestes professionnels pertinents

Ainsi « Faire avec, ce n’est pas faire faire ou même montrer comment faire. Faire avec, c’est être confronté en même temps à la même situation de professionnelle, en traiter l’ensemble des difficultés, échanger sur les actions mises en œuvre, repérer les gestes professionnels pertinents à développer, analyser les problèmes rencontrés et la façon dont ils ont été gérés » (Diez & Sarton, 2012, p. 67)[6].

Des enjeux de santé au travail

La pratique de travail et de son activité va porter intrinsèquement les enjeux de santé. Il ne peut donc pas se réduire à une simple succession de gestes automatiques, il s’inscrit dans un cadre social temporel et dynamique (Caser et al., 2009, p. 8)[7].

Vers la mise en place d’un savoir partagé

Le porteur du savoir va ainsi transmettre son interprétation et son adaptation de contraintes empiriques et formelles. Cette transmission se place alors dans une création collective et contextuelle de savoirs partagés.

Savoirs, savoir-faire et savoir être

Références et sources   [ + ]

1, 2. Haynes, P. (École N. D. P., & Ermine, J.-L. (Professeur). (2010). Le transfert intergénérationnel des connaissances. Telescope, 16(1), 250
3. Le Bellu, S., Lahlou, S., & Nosulenko, V. (2010). Capter et transférer le savoir incorporé dans un geste professionnel. Social Science Information, 49(3), 371–413.
4. Dejours, C., & Cru, D. (1983). Les savoir-faire de prudence dans les métiers du bâtiment. Nouvelle contribution de la psychopathologie du travail à l’analyse des accidents et de la prévention dans le bâtiment. Les Cahiers Médico-Sociaux, (3), 239–247.
5. Conjard, P., & Caser, F. (2009). Transfert des savoir-faire d’ expérience.
6. Diez, R., & Sarton, L. (2012). Transférer les compétences: Comment éviter les pertes de compétences stratégiques. Eyrolles.
7. Caser, F., Conjard, P., Valencduc, G., & Nicot, A. (2009). La transmission des savoirs d’expérience de santé sécurité (pp. 1–57). Séminaire, Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail.